[ Critiques Pilots ][ S01E01 ]

Pilot (US) : Mulaney, moyennement drôle et moyennement attachante

Mulaney est une série créée par John Mulaney, un comédien qui a fait ses armes via le stand-up avant d’écrire pendant des années pour l’émission américaine Saturday Night Live (SNL). Le personnage principal de la série est donc lui-même, ou plutôt une version fictionnelle de lui-même. En règle générale, parier sur soi-même est une pente glissante sur laquelle il vaut mieux contrôler sa descente si l’on ne veut pas se vautrer à l’arrivée. Une sorte de leap of faith. Dans le cas de Mulaney, parier sur soi-même sans rien inventer ni rien apporter de plus au paysage télévisuel actuel est l’équivalent de se tirer une balle dans le pied. Ou de tendre le bâton pour se faire battre. Ou encore de scier la branche sur laquelle on est assis. Bref, vous voyez l’idée, c’est un peu mal barré pour Mulaney.

Cet épisode inaugural n’est pourtant « objectivement » pas mauvais. Il n’est pas non plus « objectivement » très bon. John Mulaney y incarne un humoriste, pour le moment au chômage, vivant en colocation avec son ami Motif, également un comique en devenir, et Jane, une coach personnel. La scène d’ouverture présente en quelques instants tout ce qu’il faut savoir sur les personnages (passons sur la caractérisation archi-caricaturale et sexiste de Jane même si ce n’est pas l’envie qui m’en manque) y compris l’enjeu de ce premier épisode : l’entretien d’embauche de John pour Lou Cannon, un comédien-humoriste également présentateur de jeu télé très reconnu pour lequel il souhaite écrire des vannes plus drôles que les siennes. Les scènes s’enchaînent et s’imbriquent plutôt bien dans le récit, certaines répliques font même sourire (non elles ne font pas mouche, c’est tout le problème). Dans ses pérégrinations, John est entouré de deux autres personnages, dont Oscar le père de Ross et Monica devenu gay, et Andre, particulièrement énervant, mais ce n’est pas grave puisqu’il est précisément écrit pour irriter, voire dégoûter.

Lorsqu’il est finalement embauché par Lou Cannon, John pensait naïvement avoir décroché LE job de ses rêves. Très lucide sur sa situation, il tente de nous embarquer dans son quotidien peuplé de nombreuses embûches dont la nonchalance et le faux rythme ne font qu’accentuer cette impression de lenteur et de lourdeur dans le récit. Sa vie ne prend pas le rebond qu’il souhaite et reste un humoriste abonné au stand-up, à tenter de travailler pour Lou, et nous, pendant ce temps-là, on reste sur notre faim. On a même carrément la grosse dalle.

Jusqu’ici je me suis focalisée sur Mulaney, la série, Mulaney, le personnage mais je vais avoir du mal à ne pas évoquer Seinfeld plus longtemps. Si vous ne connaissez pas Seinfeld, créée par l’humoriste et comédien Jerry Seinfeld, il s’agit d’une sitcom américaine des années 90, de 1989 à 1998 plus précisément. Seinfeld raconte les histoires quotidiennes de Jerry, un humoriste de stand-up qui ne cherche pas à percer mais fait déjà des tournées de ses spectacles. Il est accompagné de plusieurs amis, lui aussi. Les épisodes sont entrecoupés de passages où Jerry se produit, tout comme dans Mulaney, où l’on voit John s’adresser à son public. Vous l’aurez compris, même si on estime (à tort ou à raison mais plutôt à raison) que Friends est l’héritière de Seinfeld, on ne peut pas fermer les yeux sur les nombreuses et significatives ressemblances à Seinfeld quand on regarde le pilot de Mulaney. Bien plus qu’une héritière qui se serait largement inspirée, John s’approprie les codes de Jerry, la rythmique, l’air de ne rien dire tout en disant beaucoup, et même le flegme de ce dernier lorsqu’il s’adresse aux autres personnages. Dans la bataille des J, c’est bien Jerry qui met John KO.

Est-ce vraiment un problème en soi ? Si l’on a jamais regardé Seinfeld et que l’on découvre Mulaney aujourd’hui ? On peut, comme je l’ai fait, trouver les personnages tantôt attachants tantôt divertissants (c’est très bref mais c’est là), l’écriture problématique par certaines aspects mais équilibrée par certains autres. Par contre, si on adore Seinfeld et qu’on regarde le pilot de Mulaney on peut trouver les personnages légèrement moins drôles, l’écriture moins pétillante et exagérée (j’en suis ressortie bouleversée à jongler entre ma volonté de ne pas penser à Seinfeld et ma volonté de la comparer à tout prix) et repenser à tous ses épisodes où Jerry Seinfeld nous a fait rire avec trois fois rien, comme avec un parking. Ah l’épisode du parking. Un délice. Après réflexion, regardez celui-là (S03EP06) plutôt que le pilot de Mulaney, qui souffre terriblement de la comparaison et sur lequel on peut finalement passer sans s’arrêter.

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La Sérietheque

Sériephile passionnée qui a grandi avec The Nanny, la trilogie du samedi, les minikeums ou encore Melrose Place - j'ai depuis regardé tout un tas de séries essentiellement américaines. Ma curiosité m'amène aux frontières de l'Europe et me permet de découvrir des bijoux de fictions britanniques ou danoises. Plutôt Minus que Cortex, je souhaite comme toi conquérir le monde.

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