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The Affair S01 (US) : une liaison, deux perspectives

L’automne est toujours une période excitante pour nous, sériephiles. Entre les annonces du mois de mai, les tournages, l’été chargé de nouveautés, les séries ont eu le temps de se développer, de se concrétiser. C’est ainsi que, petit à petit, les projets se transforment en véritable saison. Comme à l’accoutumée, la dernière rentrée séries a apporté son lot de nouveautés et avec elle The Affair, pour moi l’un des meilleurs drama diffusés cet automne. La chaîne câblée Showtime n’a plus rien à prouver sur sa capacité à produire de très bonnes séries, souvent reconnues par la critique et primées par les awards. On compte dans ses rangs des œuvres comme Shameless (version US), Homeland ou encore plus récemment Master of Sex, acclamée pour la qualité de ses deux premières saisons. Après Penny Dreadful cet été, Showtime a donc lancé en octobre dernier The Affair, une série créée par Sarah Treem (une femme, yeah ! assez rare pour que cela soit souligné) et interprétée par Dominic West (The Wire), Ruth Wilson (Luther), Maura Tierney (Urgences) et Joshua Jackson (Fringe). Rien que ça.

La série nous plonge dans la vie des quatre protagonistes et nous raconte l’histoire qui amène Noah (D. West), un professeur-écrivain, et Alison (R. Wilson) une infirmière désormais serveuse, à entretenir une relation extraconjugale le temps d’un été dans les Hamptons. La particularité de The Affair réside dans la conception même de son histoire et dans l’écriture de Sarah Treem, qui a choisi un découpage des épisodes en deux parties, chacune d’elles observant le point de vue d’Alison ou de Noah. Selon leur ressenti, leur interprétation, leur culpabilité, ou non, leur propre histoire, chacun des flashbacks nous amènent à comprendre tout ou une partie de la vérité concernant leur rencontre, l’impact sur leur vie maritale et sur les événements qui ont suivi.

Sur fond d’enquête policière mystérieuse, The Affair procède à l’introspection d’une relation interdite entre un homme et une femme que tout oppose, du moins en apparence. Bien plus qu’une simple relation et qu’une relation simple, chaque épisode prodigue à la fois de nouvelles révélations et de nouvelles réponses à nos interrogations parfois « voyeuristes » : qui a fait le premier pas ? ont-ils fait l’amour ? finissent-ils ensemble ? que recherchent-ils vraiment ? laquelle des versions correspond à la réalité ? On jubile quand notre curiosité est rassasiée, nous poussant forcément à revenir pour l’épisode suivant pour en voir plus, en savoir plus, toujours plus. Aucune des différentes réalités présentées n’est la bonne évidemment, elle doit certainement se trouver à mi-chemin entre ce que l’on veut bien nous montrer, ce qui s’est réellement passé et ce que l’on ne sait pas encore. L’exploration de chaque version de l’histoire est intelligemment écrite, elle nous surprend à chaque moitié d’épisode, on s’attendrait presque à y trouver les mêmes ressorts, mais chaque personnage, que cela soit Noah ou Alison, a sa propre façon de nous raconter son histoire, de nous expliquer leur cheminement. Leur quête de désir et de vérité parvient à nous captiver du premier épisode jusqu’au dernier. Sarah Treem maîtrise à la perfection l’incursion dans l’intimité des différents couples sans pour autant nous mettre mal à l’aise face aux événements, aux scènes de sexe, et même à une certaine violence. La caméra se fait pourtant invasive, subversive même, puisque l’on assiste à la fois à la destruction de nos personnages et à la fois à leur renaissance, sous une autre forme, dans un autre couple, dans une autre vie.

Portée par une réalisation très soignée et originale, par une histoire captivante, par un casting cinq étoiles, The Affair boucle une première saison prometteuse, avec notamment un dernier épisode qui accède à (presque) toutes nos attentes. La saison deux devrait être diffusée à l’automne prochain, autant dire une éternité.

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La Sérietheque

Sériephile passionnée qui a grandi avec The Nanny, la trilogie du samedi, les minikeums ou encore Melrose Place - j'ai depuis regardé tout un tas de séries essentiellement américaines. Ma curiosité m'amène aux frontières de l'Europe et me permet de découvrir des bijoux de fictions britanniques ou danoises. Plutôt Minus que Cortex, je souhaite comme toi conquérir le monde.

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